SAD MOOD IN THE WOODS
THE PORTOFLIO OF JESSEF

Jessef is a France-based artist. 

His academic background in classical music has led him to work as an engraver for contemporary composers and devote his personal projects to music as much as visual arts, which over time are getting more of a full time job too.

Photos showcased here, shot on self-processed medium format reversal film, hope to illustrate a painful sense of the impermanence impregnated in all things. Sad Mood In the Woods stands for that.

 

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REVIEW by Barbara Satre, Art historian & critic

Diapositif
 

Les photographies de Jessef semblent reliées entre elles par l’alternance des contraires, mise en œuvre presque systématiquement dans ses séries. Se développe au sein de son travail une esthétique de la carte à jouer ; une poétique du double, que l’on pénètre très librement, sans sens de lecture. C’est comme si l’appareil photographique était le véhicule propre à tenter la traversée d’une rive à l’autre du réel et de l’imaginaire.
 

Rives du morphisme
 

L’artiste observe la vie des corps et leurs transformations. Dans Aeroground, les hommes lévitent, en équilibre dans l’espace de l’image et défient les lois de la pesanteur. Le retournement des conventions visuelles relatives à la gravité crée naturellement un décalage optique. Jessef fait du mythe d’Armstrong une possibilité terrestre, une légende du quotidien. Le corps met le désordre dans le cadre et nous permet d’observer l’envers des choses.

Beaucoup de ses photographies se posent alors à la limite du surnaturel ou du virtuel et questionnent la prise des individus avec le réel. La série She is illustre le confinement psychique et la solitude menant à la dépersonnalisation. Les présences tantôt fantomatiques et tantôt spéculaires, sont toujours introspectives. Opposites présente deux faces d’une même recherche sur l’incrustation du corps dans la pellicule laissée apparemment vide. Le photographe donne à comprendre l’aimantation des complémentaires en offrant la vision d’un corps comme séparé de son enveloppe tangible. Ces proto-formes forgées en filigrane n’apportent pas de dévoilement mais forcent plutôt l’abstraction de l’image pour permettre de furtives apparitions de l’être, toujours en devenir, et inscrire ainsi un supplément de réalité sur le papier.

Les photographies de Jessef sont des photographies mentales, dominées par la mélancolie, par cette mélancolie métaphysique qui cherche à donner un sens à la vie.
 

Rives du diaphane
 

La photographie est une interface pour Jessef. L’artiste fait de la diapositive son médium principal de réflexion qui entretient le fantasme d’un passage à travers l’image, la quête du seuil entre le positif et le négatif. Bien que chacun des clichés soit immédiat et sensitif, c’est souvent l’absence qui règne ; une photographie de l’absence qui donne une place à l’observateur. Les intérieurs de [LCKD] se parcourent comme on poursuit une énigme qu’il convient de résoudre. Le temps est suspendu par l’intercession de la lumière et la délicatesse de la transparence des tissus. La percée lumineuse nous oriente, l’ombre est le sujet.

Le vide organise l’espace dans lequel tout est statique et symétrique. Les images sont rigoureusement composées, architecturées, structurées en volume, afin de rendre l’épaisseur des éléments les plus immatériels ou les plus anodins.

Une certaine élégance se dégage toujours des photographies de Jessef. La scansion des volutes et des formes pleines, le rythme décoratif des lignes droites ou sinueuses de Cemetuère consacrent un hymne à la légèreté.

Tout dans l’œuvre photographique de Jessef invite à voir au-delà. Ses images assument une force émotionnelle où suspension et dilatation des éléments de l’image ménagent une entrée vers l’être profond ; une manière de fixer le positif des jours. 
 

Barbara Satre
Art historian & critic,
University of Provence 

 

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